Hommage aux grandes figures littéraires de la Nahda.

Dès sa prime jeunesse, Abderrahman a développé un profond engouement pour le mouvement culturel suscité par la Renaissance arabe et a manifesté un très vif intérêt pour la poésie moderne qui lui parvenait du Proche et du Moyen Orient, où elle s’était propagée au cours du XIXème et au début du XXe siècle. Il était impressionné par l’ampleur du mouvement qu’avait pris la tradition de culture islamique en Egypte où l’Université Al Azhar, secondée par les médersas et autres collèges du Caire, jouait un rôle prépondérant, tandis qu’en Irak, les centres de Baghdad, Mossoul et Basra, ainsi que le grand Najaf et Karbala maintenaient une longue tradition éducative, En revanche, l’éducation islamique était moins centralisée en Syrie qu’elle ne l’était en Egypte et en Irak. Seuls émergeaient dans ce domaine les centres de Damas, Alep et Tripoli, auxquels étaient rattachées les écoles provinciales de Jérusalem, de Naplouse et les multiples médersas éparpillées ça et là dans le pays. Pendant qu’en Egypte, le système éducatif était fortement centralisé entre les mains de cheikhs réputés pour le très haut niveau de culture et des sciences linguistiques qu’ils dispensaient à l’Université du Caire, en Syrie il était au contraire caractérisé par une plus grande ouverture sur le monde extérieur et disposait ainsi d’un horizon bien plus étendu que celui de l’Egypte, surtout lorsqu’on pense que la Syrie englobait dans sa sphère géographique les régions du Liban et de la Palestine et avait des liens privilégiés avec certains pays limithrophes comme la Turquie qui étendait sa domination sur de vastes territoires de l’Europe Orientale placés sous la dépendance de l’Empire Ottoman.

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La langue poétique, par Ahmed Chanoun

Extraits du mémoire sur “la portée de la langue poétique dans l’oeuvre d’Abderrahman Hajji” réalisé en 1994 par Ahmed Chanoun en vue de l’obtention de la license ès lettres.

Les débuts de la littérature marocaine ont fait l’objet de critiques et de jugements malveillants. Il leur était reproché tantôt d’imiter le style d’écriture du fiqh, tantôt d’être une simple continuation de la production littéraire antérieure. Il a fallu attendre les études réalisées au tournant du siècle pour voir passer les écrits littéraires de l’étape de l’autodéfense à celle de la confirmation de leur identité, ce qui a permis à la littérature marocaine de redorer son blason en prenant conscience de son ipséité.

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Hommage aux grands maîtres de l’Age d’Or

Nous avons relevé dans le Recueil de Poèmes d’Abderrahman Hajji une série de textes où il est fait référence à quelques sommités de la poésie arabe et où l’auteur inclut un ou deux vers attribué(s) à un grand poète de l’âge d’or de la littérature ancienne, soit pour introduire le thème qu’il envisage de développer, soit pour conclure le raisonnement auquel il a consacré l’essentiel du poème, ou pour se servir à un niveau ou à un autre de sa création poétique d’une citation extraite de l’oeuvre du poète d’emprunt pour appuyer son argumentation.

Adjonction de vers extraits de poèmes de l’âge d’or

Parmi les poèmes qu’il a composés autour d’un vers extrait d’un poème qui n’est pas de sa création, on peut citer:

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Introduction

Les années de formation et d’apprentissage

Né le 6 avril 1901 dans la ville de Salé, sise dans la zône côtière du littoral atlantique marocain, Abderrahman Hajji est l’aîné d’une famille de six enfants. Portant le même prénom que le premier des arrière-grands pères connus de cette famille, dont l’arrivée au Maroc remontait, selon la mémoire collective, à l’époque du règne du Sultan Moulay Ismael et dont le choix de s’installer dans “la Cité des Corsaires” était dicté par la volonté d’apporter sa contribution à l’effort du Jihad contre les puissances conquérantes, le Portugal et l’Espagne en particulier, qui se partageaient les places fortes le long des côtes marocaines, son père était propriétaire de biens immobiliers et s’adonnait à un commerce florissant d’articles d’argenterie qu’il importait de Grande Bretagne pour les écouler parmi les grandes familles bourgeoises de l’époque.

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Retour d’un poète à la vie, par Dr. Mohammed Zniber

A l’occasion de la parution du Recueil de Poèmes d’Abderrahman Hajji, la revue de langue arabe “la culture marocaine” a publié dans le 4ème No de sa première année, daté de Nov.-Déc. 1991, une étude de Dr Mohammed Zniber, professeur d’histoire à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines à Rabat, dont ci-dessous le texte intégral:

De quoi vit le vrai poète? Avec sa poésie. Tu pourras me dire qu’il vit, comme tout être humain, de nourriture, d’eau et d’air, qu’il doit dormir au moment de dormir et se réveiller quand il faut se réveiller et qu’il travaille pour gagner son pain quotidien. Je te réponds que ce que tu dis est juste dans la mesure où nous prenons en considération les apparences qui sont souvent trompeuses. Tout ce que tu viens de mentionner fait partie des besoins biologiques auxquels le poète ne fait guère attention et ne pense même pas. Il estime qu’il ne commence à vivre qu’après avoir ouvert la porte qui demeure fermée devant beaucoup d’autres gens, celle du monde poétique qu’il affectionne en permanence. Il n’est conscient de son existence que s’il a accès au monde de la rime et de l’harmonie et est comme le rossignol qui ne goûte les délices de la vie que quand il saute d’un arbre à un autre, d’une branche à une autre, gazouillant et chantant des airs dans une langue que ceux qui la connaissent disent que c’est là une langue poétique pure.

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Le Recueil de Poèmes d’Abderrahman Hajji, par Kacem Zhiri

Pierre angulaire dans l’édifice de l’imagination créatrice

Les milieux littéraires ont réservé un accueil chaleureux au Recueil de Poèmes d’Abderrahman Hajji après sa publication qui a enrichi la bibliothèque marocaine d’expression arabe de poèmes appelés à durer ad vitam aeternam. La production poétique d’Abderrahman Hajji est restée enfermée pendant plusieurs décades dans des tiroirs auxquels personne n’avait accès jusqu’au jour où le dévouement d’un groupe parmi les fidèles amis du défunt, qui adorent la poésie et tiennent à sauver les oeuvres menacés de disparition et celles dont il ne reste plus que des vestiges épargnés par les caprices du temps, ont conjugué leurs efforts pour donner à ce Recueil l’occasion de voir le jour et d’organiser il y a une semaine sa présentation au public dans une grande librairie de Rabat où il a été procédé à la signature des ouvrages mis en vente et ce, en présence d’un nombre important de professeurs universitaires et de membres de la famille du poète disparu.

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Auprès du professeur Abderrahman Hajji, par Mustafa Nejjar

Il n’échappe à aucun esprit sain, constamment en éveil, la main sur la conscience, que l’enseignement des langues est une obligation qui s’impose, sans qu’il soit permis de l’ignorer et qu’il est un devoir inéluctable qui ne tolère aucune négligence en même temps qu’un message sacré destiné à l’homme conscient du respect de ses apports à la connaissance. La protection d’une langue de toutes les déficiences et intrusions, sa préservation de toute déviation ou modification, le dévouement qu’on doit lui porter par tous les moyens et sans motif préalable, sont autant d’actions qu’il est indispensable d’entreprendre et autant de démarches qui exigent d’être placées au premier rang de nos préoccupations, en dépit des aléas de la vie, des bouleversements des rôles et de la succession des générations.

Je n’ai aucun regret pour les lieux désertés
Mais je regrette ceux qui y ont habité.
Ils sont partis laissant après eux l’air sournois
Mais d’eux j’ai gardé dans mon coeur un feu de joie.

Que Dieu couvre de sa bénédiction notre maître sidi Abderrahman Hajji et aromatise la terre qui l’abrite

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Le professeur Abderrahman Hajji tel que je l’ai connu, par le poète Wadia Asafi

A l’occasion de la publication du Recueil de Poèmes du défunt Abderrahman Hajji dans sa première édition en 1991, le poète et homme de lettres Wadia Asafi a tenu à participer à la cérémonie de commémoration du poète disparu en brossant un tableau succint des circonstances qui l’ont conduit à porter son choix sur la ville de Salé pour s’y installer, après avoir été frappé par une mesure d’interdiction de résidence à Meknès et sa région, prise à son encontre par les autorités du Protectorat au mois d’avril 1951, l’obligeant de confirmer régulièrement r aux responsables de l’Administration coloniale son lieu de séjour, afin de permettre aux services de police d’effectuer des contrôles de vérification du lieu où il était censé se trouver et d’être en mesure à tout moment de suivre ses mouvements à l’occasion de chacun de ses déplacements.

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Jeunesse, Quo Vadis?

La défense de la langue arabe est mise en valeur dans le poème intitulé “l’inconduite des jeunes” où l’auteur fustige le comportement inqualifiable d’une certaine catégorie de la jeune génération qui tourne le dos à sa propre culture et accorde plus d’intérêt aux vertus de la langue de l’occupant qu’à celle de ses ancêtres. Il l’exhorte à prendre exemple sur le maître à penser Abou Chouaib Doukkali. Cette exhortation est exprimée avec force dans la seconde partie du poème où nous relevons les vers suivants qui nous indiquent où le poète va chercher ses sources d’inspiration. Ecoutons-le:

Je parcours avec mes pensées le champ des rimes
Et nage en poète dans une mer sublime.
Je pénètre dans des jardins fleuris d’idées,
En cueille les mûres dont ils sont inondés.

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Avant-propos

Le poète Abderrahman Hajji est né dans la ville de Salé, connue dans les manuels d’histoire sous le pseudonyme de “Cité des Corsaires” pour avoir été le fief de ce que la chronique du XVII ème siècle classait parmi les lieux fortifiés dont disposait le Maroc sur la côte atlantique comme l’un des plus hauts lieux de la piraterie barbaresque.

Dès sa plus tendre enfance, on lui avait appris que la cité qui l’a vu naître avait accueilli un nombre important de maures frappés par les édits d’expulsion d’Espagne dont le dernier, daté du 18 Janvier 1610, enjoignait à tous les musulmans, de souche ou convertis, de quitter le territoire andalou.

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